
Nous nous reconnaissons tous sur ce terrain. Nous courons, nous tombons, nous nous relevons. Mais certaines blessures ne se referment pas. Elles s’infectent, deviennent chroniques, laissent des cicatrices qui limitent notre élan. La vie spirituelle n’échappe pas à cette réalité. Nous vivons dans un monde où “tout est permis” (1 Corinthiens 10:23), mais où tout n’édifie pas. Où chacun avance, blessé et blessant, dans un jeu dont les règles mènent immanquablement à la cassure.
La reconnaissance : porte d’entrée vers la guérison
Jésus ne s’adresse pas aux bien-portants. Il le dit clairement : “Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs” (Marc 2:17). La guérison commence par cette reconnaissance humble : nous sommes les lépreux de l’histoire (Luc 17:11-19). Impuissants, isolés, incapables de nous purifier nous-mêmes. Dix ont crié vers Lui. Dix ont été guéris. Mais un seul est revenu. Un seul a fait le lien entre la guérison reçue et la Personne qui l’offrait. Ce retour, cette reconnaissance, fait toute la différence. Elle transforme un bienfait en relation.
Combien parmi nous, aujourd’hui, recevons les bénédictions quotidiennes la vie, la santé, la provision sans jamais nous tourner vers le Donateur ? Nous acceptons le cadeau en ignorant le Cœur qui le tend. C’est la tragédie de l’ingratitude spirituelle, une blessure qui s’auto-entretient.
L’orgueil : la blessure qui refuse d’être soignée
Les Écritures nous mettent en garde contre une blessure particulière : celle de l’autosuffisance. Le prophète Ésaïe décrit celui qui dit dans son cœur : “Je monterai au ciel, j’élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu… Je serai semblable au Très-Haut” (Ésaïe 14:13-14). Cette volonté de se substituer à Dieu est la racine de toute blessure irrémédiable. Non parce que Dieu ne peut pardonner, mais parce que ce péché, poussé à son terme, refuse tout pardon, toute dépendance, tout remède.
C’est la leçon de Lucifer : la blessure devient irrécupérable quand elle est choisie, chérie, érigée en identité. Combien vivons-nous, à notre échelle, cette même rébellion ? Une vie menée comme si Dieu n’existait pas, où nos règles remplacent les Siennes, où notre trône éclipse le Sien. C’est un blasphème existentiel, bien plus grave que des paroles.
La grâce suffisante dans la faiblesse assumée
L’apôtre Paul connaissait cette tension. Homme de feu, marqué par son passé de persécuteur, il portait aussi “une écharde dans la chair” (2 Corinthiens 12:7). Il a supplié qu’elle lui soit ôtée. La réponse du Christ est fondatrice pour nous tous : “Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse” (2 Corinthiens 12:9).
Voici le secret évangélique, si contraire à la sagesse du monde. La guérison divine ne passe pas par l’élimination magique de nos faiblesses, mais par l’infusion d’une grâce qui les traverse et les transforme en lieux de manifestation de Sa puissance. La blessure reconnue et offerte devient le réceptacle de la grâce. La cicatrice devient un témoignage.
L’invitation au repos : une relation à restaurer
Au milieu du tumulte de nos vies blessées, une voix persiste, douce et puissante : “Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos” (Matthieu 11:28). Ce n’est pas un appel à la performance religieuse, mais à l’abandon confiant. Le repos promis est celui de l’âme qui cesse de lutter pour son propre salut, de jouer un rôle, de prétendre aller bien.
Ce repos, c’est la réconciliation. C’est entendre le Père de l’enfant prodigue dire : “Mon enfant était mort, et il est revenu à la vie” (Luc 15:24). La guérison ultime est ce retour à la maison, à la relation brisée par le péché mais restaurée par la croix. C’est dans cette intimité retrouvée que les plaies se cicatrisent, non pas toujours dans l’oubli, mais dans la transformation.
Conclusion : Le choix du retour
Le jeu du monde continuera. Les blessures continueront d’être infligées et reçues. Mais pour nous, une autre voie est ouverte. La question n’est pas : “Suis-je blessé ?” nous le sommes tous. La question est : “Vers qui est-ce que je me tourne ?”
Tournons-nous vers Celui dont les mains portent encore les marques des clous, les stigmates éternels de Son amour qui a traversé la blessure ultime pour nous en guérir. Il ne méprise pas notre faiblesse. Il l’attend. Il l’invite. Sa grâce est suffisante. Son repos est réel.
Il ne reste qu’à faire ce pas de retour, comme le lépreux reconnaissant, comme le fils prodigue, comme Paul sur le chemin de Damas. Le chemin de la guérison commence là, dans un cri sincère : “Jésus, Fils de David, aie pitié de moi” (Marc 10:47).
Amen.
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